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Bretteville, terre de cheval...

La Normandie est depuis toujours une terre de cheval. Cette année, à l'occasion des Jeux équestres mondiaux elle a été le centre du monde hippique. La filière équine génère actuellement plus de 10 000 emplois en Basse-Normandie.

 

Jeanne Ruggiu, 30 ans - Le Poney Club de la criquetière

 

Si vous vous engagez dans la rue du Champ Breton, vous trouverez tout au bout le Poney Club de la Criquetière, petit havre de verdure où habite Jeanne Ruggiu.

Cette jeune femme dirige d'une main de fer cette petite entreprise installée dans notre commune depuis 2010, dont l'activité se résume principalement à l'enseignement de l'équitation.

 

Un cursus orienté

Après un bac littéraire et un galop 7 (diplôme fédéral), Jeanne Ruggiu s'est orientée vers le monitorat en passant tout d'abord en formation accélérée de 6 semaines au CREPS de Montry (77) un brevet d'Etat d'éducateur sportif d'activités équestres (BEES1 1er degré) et le tronc commun à tous les sports de monitorat. Après une interruption de 18 mois due à un accident très grave de cheval, elle reprend ses études pour une formation de 10 mois en alternance à l'UCPA de Saint-Léger en Yveline (78) et dans le Poney Club du Vieil Orme. Ce dernier s'est illustré en présentant aux Jeux équestres mondiaux 2014 à Caen, le cheval "Quartz Rouge" réserviste au concours de saut d'obstacles (CSO). Elle obtient le brevet professionnel de la jeunesse de l'éductation populaire et des sports, mention équitation (BPJEPS).

 

A la recherche du lieu idéal pour son projet

A la suite de ses études, elle est embauchée dans ce même Poney Club pour une période de deux ans comme responsable de formation des élèves moniteurs. En même temps, elle sillonne avec ses parents le Grand Ouest à la recherche du lieu idéal pour réaliser son projet professionnel : ouvrir son propre centre équestre. Après une étude de marché elle se fixe dans une petite ferme à Bretteville sur Laize, commune ayant répondu à toutes ses attentes et qui n'a pas hésité à modifier son plan local d'urbanisme (PLU) pour favoriser cette implantation.

 

Des travaux et des aménagements importants

La dépendance initiale a été transformée en écurie de six box et sellerie et abrite trois chevaux et un élevage de six shetlands. Un manège, une stabulation (très grand box) et neuf box, une aire de pansage et une sellerie ont été consruits pour faire travailler dix-huit chevaux et poneys. Une carrière avec du sable de Ouistreham et un début de terrain de cross ont été aménagés pour le travail en extérieur. Le Poney Club répond aux normes requises pour accueillir des personnes à mobilité réduite.

 

Ses activités ?

Elle forme les cavaliers (enfants, adolescents et adultes) et décide de l'attribution des diplômes du galop 1 au galop 7. Elle prend également quelques chevaux en pension et effectue pour des chevaux à problèmes, de la rééducation sur mesure par le travail. Par exemple, elle reconvertit actuellement en cheval de selle une jument trotteuse de 5 ans, réformée des courses, pour lui réapprendre à galopper.

 

Des impacts économiques certains

L'implantation de cette activité sur notre territoire a eu des conséquences économiques directes sur le marché du travail. Cette activité entraine l'intervention de professions telles q'un maréchal-ferrant (passage toutes les 7 semaines), un dentiste équin (passage tous les 1 à 2 ans) ainsi qu'un vétérinaire (au moins une fois par an pour les vaccins). Jeanne Ruggiu acueille deux stagiaires (bac pro CGEA élevage équin) pour l'entretien des chevaux et des écuries et un employé du TEF pour l'entretien des espaces verts.

Les cours, les soins aux chevaux et poneys, les travaux courants d'entretien et de rénovation du club lui laissent très peu de temps pour ses loisirs mais qu'importe ! Ce qui motive Jeanne Ruggiu c'est la passion qu'elle a toujours eue pour les chevaux et qu'elle transmet dans ses enseignements !

 

Coralie Chesneau, 18 ans - Etudiante

 

Pour Coralie Chesneau, le cheval a toujours été une évidence !

 

Une passion en héritage

Baignant toute jeune dans un milieu familial empreint de ce contexte avec un oncle éleveur de chevaux et une mère ayant pratiqué l'équitation, sa passion a débuté par des jouets et des revues très ciblés. A l'âge de 10 ans, elle peut enfin réaliser son rêve en suivant des cours au centre équestre de Saint-Germain-le-Vasson pendant 6 ans et au Poney Club de la Criquetière à Bretteville-sur-Laize pendant 2 ans.

 

En faire un métier, pourquoi pas !

Au collège, au moment de l'orientation, elle commence une réflexion autour du cheval et ses recherches personnelles la conduisent à envisager une possibilité de partir dès la classe de 4ème pour passer un brevet en alternance. Malgré les recommandations des enseignants pour suivre une formation générale, l'idée d'une carrière professionnelle dans le milieu du cheval commence à germer mais également le doute quant au choix de cette filière.

 

Un BEPA et un bac pro pour commencer

En septembre 2011, à 14 ans, elle rentre à la Maison familiale rurale (MFR) de Vimoutiers dans l'Orne et prépare en classe de seconde et de 1ère le brevet d'étude professionnelle agricoles (BEPA activités hippiques). Etudes qui alternent par quinzaine des cours théoriques et une application pratique par des stages dans des haras d'élevage du pur-sangs, de trotteurs et de chevaux de selle à Quièteville (Calvados), à Moyon (Manche) et à Leinghlibridge (Irlande). Ces stages lui ont permis d'acquérir des connaissances non seulement en matière de soins et de reproduction mais lui ont permis également de découvrir l'orientation à donner à son projet professionnel : la génétique animale ou la santé des animaux.

En classe terminale, elle intègre la MFR d'Argentan et obtient le bac professionnel Conduite et Gestion d'une Exploitation Agricole à dominante élevage (CGEA à support équin).

Cette formation lui fait acquérir très tôt le sens des responsabilités et découvrir la dureté du travail dans le milieu du cheval. Mais la passion est le moteur de Coraline Chesneau, alors...

 

Un BTS pour consolider son orientation

Actuellement, elle prépare un Brevet de Technicien Supérieur Agricole (BTSA "productions animales") à Dol de Bretagne au lycée "Les Vergers". Ce BTS s'appuie sur les filières de l'élevage porcin, bovin et équin, ce qui lui ouvre de nouveaux horizons. Elle pratique encore l'équitation une heure par semaine dans le cadre de ses études car c'est une matière notée au BTS.

 

Une suite, peut-être...

Elle envisage de poursuivre vers une license "productions animales" et peut-être passer le concours de l'école vétérinaire...

Son souhait : posséder enfin son propre cheval et trouver le métier qui lui permettra d'assouvir sa passion.

 

Frédéric Refait, 44 ans - Ecurie de Jacobmesnil

 

Natif de Bourgogne, Frédéric Refait parle de son arrivée en 1987 à la ferme de Jacobmesnil à Bretteville-sur-Laize, avec sa mère éleveuse de chevaux. Il témoigne pour nous faire découvrir un monde équestre où tout est question de passion.

Dans la continuité de l'activité familiale, Frédéric Refait devient officiellement éleveur de chevaux en 2005, une profession qui s'impose comme une évidence.

 

Une affaire de famille

Cavalier titulaire du Galop 7, c'est dès l'âge de six ans que Frédéric Refait goûte les joies de l'équitation. Une fois obtenu le bac spécialisé en Sciences agronomiques et techniques du lycée agricole Le Robillard de Saint-Pierre-sur-Dives, il poursuit sa formation auprès de sa mère au sein de l'exploitation familiale. Lorsque nous abordons la question des préalables indispensables à ce métier, il répond : "de la passion et aimer les animaux".

 

Un élevage le plus "au naturel"

Aujourd'hui, il possède deux juments et deux poulains. S'il pratique l'élevage de chevaux de sport, il accueille aussi en pension poulinières, jeunes chevaux et retraités sur ses 27 hectares. La taille de son exploitation le satisfait car il peut la gérer seul. Néanmoins, il reconnaît que quelques hectares de plus seraient bienvenus.

Ses douze box répartis en plusieurs écuries dans la vieille ferme en cours de restauration et sa stabulation lui servent surtout l'hiver quand il rentre les poulains. Car c'est avant tout un adepte de l'élevage au pré. Il dispose d'une carrière et d'un rond d'Havrincourt (1) pour faire travailler ses chevaux.

Son quotidien est rythmé par l'alimentation, la surveillance, les soins et le travail des chevaux. S'il produit sur place son foin, en revanche paille, orge et granulés sont achetés si nécessaire. Un foin de bonne qualité et une prairie convenable couvrent en général largement les besoins, explique-t'il. Seules les juments en fin de gestation ou en lactation requièrent des compléments alimentaires. En effet, elles mangent alors souvent deux fois plus qu'un cheval normal.

 

(1) En réalité ovale (18x36m), le rond d'Havrincourt permet de faire tourner et sauter un cheval en liberté. Son principe remonterait au début du XXème siècle et aurait été mis au point par le comte Louis d'Havrincourt

 

Un éleveur mais aussi un naisseur

Pour être considéré comme éleveur, Frédéric Refait doit conduire au moins une de ses juments à la saillie au cours de l'année. Après avoir choisi lui-même le reproducteur dans un haras, il y emmène sa poulinière pour une insémination artificielle. De ce fait, il est aussi considéré comme "naisseur" de ses animaux.

Environ onze mois plus tard, commence une période de surveillance intense pour pouvoir être présent lors du poulinage. Si la naissance du poulain est un moment très émouvant, les soins à apporter à la jument et au nouveau né sont essentiels. Frédéric Refait, qui a toujours supervisé les mises bas, précise que les deux premiers jours sont vitaux pour le poulain. Il faut alors savoir ne pas compter ses heures. Le deuxième jour de sa dernière pouliche a de la sorte été mouvementé. Il s'agissait d'un jour férié et cela n'a pas été simple de joindre le vétérinaire puis de trouver une pharmacie de garde.

 

La plus belle récompense ?

Voir son cheptel reconnu et son travail récompensé. En 2000, sa mère a eu un cheval qui a été retenu pour les Jeux Olympiques de Sydney. Alors, pourquoi ne pas rêver un peu ? Même s'il sait qu'avec les meilleures juments et les meilleurs étalons, on n'obtient pas forcément des champions.

 

Son plus grand regret ?

Que son métier ne soit pas mieux valorisé. Dans le contexte économique actuel, un cheval est difficile à vendre et son prix dépasse rarement 10 000€. Vendu vers quatre ans et compte tenu des diverses taxes à acquitter, il devient difficile de dégager un revenu suffisant. Aussi, l'activité d'élevage seule n'est plus envisageable.

 

Alors pourquoi ne pas se lancer dans l'aventure EquuRES ?

Ce label environnemental lancé par le Conseil des Chevaux de Basse-Normandie devrait permettre de mieux structurer la filière et ainsi peut-être offrir de nouvelles opportunités aux éleveurs de chevaux.

 

Jean-Christophe Lecorneur, 36 ans - Les Ecuries de Quilly

 

Jean-Christophe Lecorneur qui a fait ses débuts de cavalier à l'âge de 10 ans nous raconte sa passion pour les chevaux et comment il en a fait son métier.

 

Une solide connaissance des chevaux

Après une formation générale de niveau bac suivie d'un BTSA spécialisé en Productions animales, ce fils d'agriculteur oriente son projet professionnel vers le domaine équestre. Titulaire du Galop 7, il perfectionne sa formation par des stages pratiques, notamment auprès du champion de France d'équitation, Eric Levallois.

Epris de liberté, il y a 13 ans, il créé sa propre entreprise, aujourd'hui, la EARL (Exploitation Agricole à Responsabilité Limitée) Les Ecuries de Quilly. Cette écurie accueille les chevaux et leurs propriétaires.

 

Un travail d'équipe

Jean-Christophe Lecorneur met en avant le travail de l'équipe qui dispense le savoir-faire nécessaire au bien-être des chevaux. Son entreprise est en effet à l'origine de la création de plusieurs emplois directs : une responsable d'écurie à plein temps (ferrure, soins vétérinaires...) et un palefrenier à mi-temps. Mais contribue aussi à nombre d'emplois indirects : deux cavaliers, un maréchal-ferrant, des vétérinaires, un entrepreneur en curage de box...

 

 

Une diversité de prestations

La valorisation des chevaux en vue de leur commercialisation est au centre de son activité. La préparation des jeunes chevaux, les soins aux chevaux convalescents ou simplement pensionnaires occupent une large partie du temps de travail. Les ventes aux enchères de jeunes chevaux ou encore la présentation des chevaux en concours demeurent quant à eux l'apanage du chef d'entreprise. Dans ce marché où le jeu de l'offre et de la demande est déterminant, disposer de bonnes relations commerciales est essentiel.

 

 

Une exploitation aux infrastructures de qualité

Un manège couvert en sable de belle dimension ainsi qu'une carrière découverte, 31 box pour accueillir les chevaux, un marcheur et des moyens de transport pour aller en concours (campion poids lourd 7 chevaux et van 2 chevaux) constituent de vrais plus pour cette activité.

 

 

Quel avenir pour l'activité équestre ?

Si Jean-Christophe Lecorneur est plutôt satisfait de son activité, il n'est pas sans évoquer la conjoncture économique actuelle qui fragilise ce secteur. Avec une TVA passée de 2,10% à 20%, un nombre de ventes et des prix moyens de chevaux en baisse, il doit démarcher une clientèle étrangère plus vaste. Aussi, pour sécuriser son exploitation, mais également répondre à une demande accrue de valorisation et de pension de chevaux, entreprend-il de porter le nombre de box à 43.

 

 

Ses principales sources de satisfactions ?

Dans ce métier qui se situe entre passion et raison, il reconnaît avoir la chance de pouvoir faire ce qui lui plaît, de disposer d'une bonne qualité de vie et d'obtenir beaucoup de satisfaction en raison de la réussite en concours de ses chevaux.